Frédéric Lenoir est un homme aux multiples facettes : philosophe, sociologue, chercheur, il est l’auteur de nombreux ouvrages qui ont été traduits dans une vingtaine de langues. Ci-dessous se trouvent quelques passages de son livre « La puissance de la joie ». Ces citations visent à vous donner une idée de l’étendue des sujets couverts dans ce livre pratique qui mérite d’être relu à plusieurs reprises.
Couverture du livre « La puissance de la joie »
« Le bonheur, c’est de continuer à désirer ce qu’on possède déjà ». (Formule attribuée à St-Augustin). p.24
« Ce qui fait la valeur d’une vie n’est pas la quantité de choses que nous y avons accomplies, mais la qualité de présence qu’on aura placée dans chacune de nos actions ». p. 60-61
« La joie […] est le fruit d’un amour altruiste qui consiste à se réjouir du bonheur de l’autre. » p.71
« La comparaison et la jalousie secrètent du malheur, alors que de se réjouir des qualités et de la réussite d’autrui est source de joie. » p. 72
« La vie est un échange permanent. Nous recevons, apprenons à donner. » p.78
« La sagesse stoïcienne nous invite à ne pas lutter vainement contre les événements de la vie qui ne dépendent pas de nous. Le lâcher-prise, dans ce sens, n’est pas du fatalisme, mais une prise de distance, une forme de détachement. Il est l’acceptation de la vie. » p. 82
Quatrième de couverture du livre « La puissance de la joie »
« Il est capital de prendre soin de son corps, de tout faire pour le maintenir en bonne santé par une nutrition saine et équilibrée, un bon sommeil, de l’exercice physique. » p. 91
« Il est stupide et vain de vouloir être aimé par tout le monde. Cela est valable aussi dans toutes les situations professionnelles. » p.106
« La plus grande servitude, celle qui nous plonge dans la plus grande peine, c’est la servitude à l’égard de nos propres passions. Rien n’est plus important que d’accomplir ce patient travail sur nous-mêmes : nous affranchir de nos tyrans intérieurs, non seulement pour parvenir à la joie mais aussi pour améliorer le monde. » p. 108
« Un être humain qui est parvenu à surmonter ses passions, à les transformer en joies actives, ne peut plus nuire à autrui. Il a vaincu en lui l’égoïsme, la jalousie, l’envie, le besoin de dominer, la peur de perdre, le manque d’estime de soi ou une trop grande estime de soi, bref tout ce qui crée des conflits entre les individus et les guerres entre les peuples » p. 117
« J’ai une toute autre vision de l’amour. Je le vois comme une relation ouverte et saine, où l’on est heureux que l’autre ait un jardin secret, où il peut déambuler à sa guise, avoir des amis, des relations qui lui sont propres sans que nous vivions pour autant dans une insécurité permanente. » p.133
« Ce n’est pas en refusant les souffrances de la vie qu’on trouvera le bonheur, mais en les acceptant lorsqu’elles sont inévitables et en comprenant que nous pouvons aussi grandir à travers elles ». p. 182-183
« La question primordiale n’est pas de savoir si nous sommes contents de nous-mêmes, mais si nous sommes contents de quoi que ce soit » (Nietzsche) p.185
En 2002, les employés du centre d’Information de vol de Québec sont avisés que des journalistes ont été autorisés à venir filmer à l’intérieur des installations de Nav Canada.
En prévision du tournage, un des spécialistes FSS du centre décide de vérifier quels employés travailleront lors de la visite des journalistes. Il téléphone à ces employés et suggère une tenue vestimentaire appropriée pour la circonstance. Il ne désire que rendre service. Un des spécialistes que nous appellerons Denis ne peut être rejoint, mais le message est tout de même transmis à sa conjointe.
Le lendemain, un peu avant la visite des journalistes, Denis arrive au centre. Il entre dans la salle d’exploitation en demandant d’une voix autoritaire le nom de la personne qui a appelé chez lui hier pour lui suggérer une façon de s’habiller.
Le hasard fait en sorte que cette personne est justement devant lui. Denis s’emporte, et d’une façon qui ne peut porter à confusion, ordonne à tout le monde de ne pas se mêler de ses affaires. La tension est palpable. Le moment serait mal venu de le contredire…
Quelques heures plus tard, à l’heure de la pause-café, je suis dans la petite cuisine de service, en compagnie de Denis. Il vient de mettre un beigne dans le four micro-onde. Denis va s’asseoir dans son coin en attendant que le « bip » du four lui indique que tout est prêt.
Mais de l’endroit il se trouve, Denis ne voit pas que le beigne est passé en mode « surchauffe ». En fait, le beigne change graduellement de couleur et de forme et la fumée sort par tous les interstices du four. Je surveille le tout du coin de l’œil en m’assurant que les dégâts se limitent à la collation de Denis.
De la graisse qui surchauffe, cela fait vraiment beaucoup de fumée. Denis me dit : « Tu ne trouves pas que ça sent le brûlé? » Je réponds par l’affirmative. Il en remet : « Mais regarde, il y a de la fumée près de toi! ».
Voyant que je ne bouge pas, il se lève pour chercher la source de la fumée et, rendu au four, aperçoit une entité difforme et noircie qui vire encore sur le plateau. Le beigne a rendu l’âme. Il s’écrie : « Mais c’est mon beigne! Il est calciné! Pourquoi ne me l’as tu pas dit?! »
Je ne peux que lui répondre : « Il y a à peine une heure, tu nous as clairement indiqué de ne pas nous mêler de tes affaires. Comment puis-je savoir comment tu l’aimes ton beigne? » Inutile de s’attarder sur la réaction finale…
Cliquez sur le lien pour d’autres histoires vécues au centre d’information de vol de Québec sur mon blogue.
« The Psychopath Test » est un livre très intéressant pour ceux qui veulent démystifier ce qui se cache derrière le terme « psychopathe » ou « sociopathe ». L’auteur s’intéresse également aux approximations et dérives lorsqu’il s’agit de diagnostiquer une maladie mentale chez un individu. Et, malgré le sujet très sérieux, le tout est écrit avec une pointe d’humour et de dérision, l’auteur revenant souvent sur ses insécurités et névroses.
Le thème de la psychopathie est celui qui porte le livre, mais les sujets traités couvrent un spectre assez large et sont tous intéressants, sinon surprenants. De nombreux cas ayant été passablement médiatisés sont rappelés à la mémoire, mais avec de nouveaux détails permettant de mieux saisir le fond de chaque histoire.
Couverture du livre « The Psychopath Test » de Jon Ronson
Les erreurs de diagnostic
Le lecteur apprend avec étonnement combien il est facile de faire des erreurs dans le diagnostic d’une maladie mentale. De même, il y a plusieurs maladies mentales qui peuvent être attribuées à des individus aussitôt que leur comportement n’est pas considéré comme tout à fait standard. Comme ce qui est standard et acceptable varie au courant des années et à travers les différentes sociétés, il est alors évident que beaucoup de mauvais diagnostics sont posés.
Il est particulièrement désolant de constater que des maladies mentales sont attribuées à de jeunes enfants alors que véritablement les symptômes de ces maladies sont connus pour ne devenir apparents qu’à l’adolescence ou à l’âge adulte.
Feindre la folie pour éviter une peine de prison n’est pas nécessairement avisé…
L’auteur montre qu’une interprétation personnelle assez large, par les différents « spécialistes », des critères de vérification portant sur beaucoup de maladies mentales est susceptible d’envoyer un individu dans un institut psychiatrique où il sera lourdement médicamenté pour une longue période.
Une histoire particulièrement intéressante est celle d’un homme qui a feint la folie après un crime violent pour éviter d’être envoyé en prison, pensant qu’il serait placé dans une institution psychiatrique où la vie est relativement agréable. On l’a plutôt laissé plus d’une décennie à l’hôpital psychiatrique de Broadmoor en Angleterre, un endroit où sont emprisonnés les tueurs en série et les pédophiles. La liste de Robert Hare, servant à déterminer si une personne est psychopathe, lui a joué un bien mauvais tour puisque les « spécialistes » ont considéré qu’il rencontrait la plupart des critères. Il a ensuite fallu qu’il se débatte pendant des années pour prouver qu’il était victime d’erreurs d’interprétation…
Des séances de psychothérapies passablement bizarres
L’auteur survole également quelques-uns des essais les plus bizarres pour tenter de guérir des patients, des expériences qui étaient vouées à l’échec avant même de commencer. Par exemple, le lecteur prend connaissance de séances de psychothérapies où tous les patients étaient nus et sous l’influence du LSD. Il y a également eu des essais pour que ce soient les criminels qui tentent de se soigner entre eux : un voleur d’auto fut ainsi attaché à un meurtrier en série qui avait tué trois enfants à Toronto…
L’effet négatif des psychopathes hautement placés dans la société
L’auteur tente de vérifier, en se servant de la liste de Robert Hare, s’il est vrai que ce sont les psychopathes qui dirigent le monde. Il avoue son insuccès partiel à catégoriser tous les dirigeants de la même façon. Cela semble bien raisonnable puisqu’il y aurait environ 1 % des gens qui sont psychopathes dans la société et que cette proportion augmenterait à 3 % chez les dirigeants de compagnie ou les politiciens. De 3 % à 100 %, la barre était placée bien haut dès le début du livre.
L’auteur cite une de ses sources, Essi Viding, qui étudie les psychopathes : [ma traduction] « Les psychopathes ne changent pas. Ils n’apprennent pas suite à une punition. Le mieux que vous pouvez espérer est qu’ils deviennent un jour trop âgés ou trop paresseux pour faire l’effort de commettre un acte criminel. Et ils peuvent être impressionnants, charismatiques. Les gens sont émerveillés. Donc, oui, les vrais problèmes commencent lorsqu’un de ces psychopathes réussit à monter dans l’échelle sociale. » (p.60)
Les psychopathes actifs sur les marchés boursiers peuvent être aussi dangereux que les psychopathes tueurs en série. Comme le dit Robert Hare : « Les tueurs en série détruisent les familles. Les psychopathes corporatifs, politiques ou religieux détruisent les économies. Ils détruisent les sociétés » (p.112)
Quatrième de couverture du livre de Jon Ronson « The Psychopath Test »
Les vingt critères de la liste PCL-R de Robert Hare servant à établir si une personne est psychopathe
Voici donc, très sommairement, une énumération des points de la liste de Robert Hare. Si une personne obtient environ 30 points sur 40, elle est considérée comme psychopathe :
1. Charme superficiel 2. Sentiment démesuré de sa propre importance 3. Besoin de stimulation/s’ennuie facilement 4. Menteur pathologique 5. Manipulateur 6. Ne se sent pas coupable/n’a pas de remords 7. Incapacité de vivre une gamme d’émotions 8. Impitoyable/insensible/manque d’empathie 9. Mode de vie parasitaire 10. Peu de contrôle sur son comportement 11. Comportement sexuel banalisé 12. Problèmes de comportement dès le jeune âge 13. Manque de réalisme quant à ses projets à long terme 14. Impulsivité 15. Irresponsable 16. N’accepte pas de prendre la responsabilité pour ses propres actions 17. Plusieurs relations de couple de courte durée 18. Délinquance juvénile 19. Révocation d’une libération conditionnelle 20. Éventail assez large des crimes commis
Le psychopathe Emmanuel (Toto) Constant et Haïti
Parlant de politique américaine, le lecteur prend connaissance des effets qu’a eu Emmanuel (Toto) Constant sur Haïti. Il s’agit d’un meurtrier de masse, psychopathe, qui travaillait pour la CIA à Haïti. Il fut immédiatement relâché de prison lorsqu’il menaça de divulguer des secrets sur la politique extérieure américaine à Haïti. Emmanuel Constant « modifia profondément la société haïtienne pendant trois ans, la faisant basculer dans la mauvaise direction, détruisant au passage des milliers de vies et affectant des centaines de milliers d’autres ». (p.129)
Télé-réalité et maladies mentales triées sur le volet
L’auteur discute également des programmes de télé-réalité où les invités s’affrontent de façon agressive, verbalement et même physiquement. Une personne interrogée et responsable de monter chaque émission lui confie que les invités sont choisis en fonction des drogues qu’ils consomment pour stabiliser leur maladie mentale. Cela ne se fait pas sans erreurs et il mentionne le cas d’un membre d’une famille qui s’est suicidé tellement elle se sentait coupable de la façon dont elle s’était comportée en préparation pour le programme de télévision.
Êtes-vous psychopathe?
Êtes-vous psychopathe? « Si vous commencez à craindre que vous puissiez être psychopathe, si vous reconnaissez certains des traits en vous et que vous ressentez une certaine anxiété à ce sujet, cela signifie que vous n’en êtes pas un. » (p.114). Le psychopathe n’a pas d’émotions face à sa situation : cela ne le rend pas triste, il ne se pose pas de questions quant à sa condition pas plus qu’il n’est heureux d’être classifié en tant que psychopathe.
Les intérêts financiers des grandes compagnies pharmaceutiques
Évidemment, de gros intérêts financiers sont en jeu lorsqu’il s’agit de prescrire des médicaments pour les millions de patients susceptibles de se retrouver un jour avec un diagnostic de maladie mentale : le rôle des compagnies pharmaceutiques et la pression qu’elles exercent sont donc soulevés avec justesse dans le livre. « Il y a évidemment beaucoup de personnes vraiment malades dans ce monde. Mais il y aussi des individus dans l’entre-deux qui sont faussement surdiagnostiqués avec des maladies reliées à la folie par des gens qui bénéficient de ce faux diagnostic. » (p.267)
Mes réserves
À quelques reprises, l’auteur m’a surpris avec un raisonnement assez sommaire. Par exemple, il s’étonne du fait que les blogueurs écrivent alors qu’ils ne sont pas payés. Il faudrait donc que tout acte de création dans la société soit essentiellement rémunéré, sinon il ne ferait aucun sens? À un autre endroit où la discussion porte sur les évènements du 11 septembre 2001, l’auteur écrit [je garde le texte en anglais pour plus de fidélité] : « 9/11 obviously wasn’t an inside job ». Le terme « obviously » remplace ici un travail de recherche conséquent et ne tient pas compte du fait que la moitié du peuple américain a des questions restées sans réponses sur ce sujet.
Conclusion
En guise de conclusion, voici un passage du livre qui, je crois, résume le mieux la pensée de l’auteur : « Il n’y a pas d’évidence que nous avons été placés sur cette terre dans le but d’être spécialement heureux ou spécialement normaux. Et, en fait, notre mécontentement ou notre étrangeté, nos anxiétés et compulsions, tous ces aspects remarquables de notre personnalité, sont souvent ce qui nous amène à accomplir des choses particulièrement intéressantes » (p.271)