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Second extrait de « L’heure des prédateurs » de Giuliano Da Empoli.

L'heure des prédateurs de Giuliano Da Empoli
L’heure des prédateurs de Giuliano Da Empoli

Dans son livre « L’heure des prédateurs », Giuliano Da Empoli écrit : « Trois mois avant l’invasion de l’Ukraine, Sourkov, limogé par Poutine quelque temps auparavant, publiait un article dans lequel tout était déjà dit. Toute société, écrivait-il alors, est soumise à la loi physique de l’entropie. Aussi stable soit-elle, en l’absence d’intervention extérieure, elle finit par produire le chaos en son intérieur. Jusqu’à un certain point, il est possible de le gérer, mais la seule façon de résoudre définitivement le problème est de l’exporter. Selon Sourkov, les grands empires de l’histoire se régénèrent en déplaçant le chaos qu’ils produisent hors de leurs frontières. C’est le cas des Romains dans l’Antiquité, c’est le cas — selon l’auteur — des Américains au XXe siècle. Et celui de la Russie, “pour laquelle l’expansion constante n’est pas seulement une idée, mais la véritable raison existentielle de notre histoire”. »

Et quand l’exportation du chaos ne réussit pas à ramener la stabilité dans le pays, c’est le dirigeant de l’État qu’on envoie à la retraite, d’une façon ou d’une autre. L’auteur ajoute : « Lorsque le chaos dépasse un certain stade, le seul moyen de rétablir l’ordre est d’identifier un bouc émissaire. Et le chef, quel qu’il soit, est toujours un bouc émissaire en attente. Tolstoï le compare à “un bélier engraissé pour l’abattoir”. »

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Extraits du livre « Apprivoiser son ombre » par Jean Monbourquette.

Couverture du livre "Apprivoiser son ombre" par Jean Monbourquette
Couverture du livre « Apprivoiser son ombre » par Jean Monbourquette

« Plus une nation s’isole, plus elle s’aveugle sur ses défauts et ses déficiences, et plus elle aura tendance à projeter ses peurs, ses répugnances et ses atavismes sur des nations voisines. Seul le contact assidu d’un peuple avec un autre amène à reconnaître les propres lacunes et défauts du caractère national. Tant que des personnes n’ont pas appris à connaître et à apprécier les mœurs étrangères, ils nourrissent des préjugés créés par leur propre ombre nationale. Les plaisanteries qui prennent pour objet des peuples voisins et les surnoms racistes sont des signes évidents de projections de l’ombre nationale.

En temps de guerre, la projection de l’ombre collective sur “l’ennemi” est entretenue et exacerbée par les médias. Tout ce qu’on juge détestable et répréhensible chez soi, on s’acharne à le retrouver chez l’adversaire. Durant la dernière guerre mondiale, le peuple allemand avait tous les défauts imaginables. Durant la guerre froide qui a suivi, ce fut au tour des Russes d’être mal jugés. Les Noirs ont longtemps été la cible de projection de l’ombre des Blancs. Les Juifs ont été pareillement les victimes privilégiées de l’ombre collective de plusieurs autres peuples. Minorités, étrangers ou grands esprits dérangent toujours par leur différence et leur originalité. Ils sont exposés à devenir les boucs émissaires, porteurs de toutes les tendances malicieuses de l’ombre nationale.

Les nations sont-elles donc condamnées, en tant que telles, à se créer sans cesse des ennemis ou boucs émissaires et à les affubler de leur ombre collective ? Est-il permis de rêver qu’un jour toutes les nations se regarderont en toute vérité et que chacune apprivoisera son ombre au lieu de la projeter sur une autre nation en cherchant à la détruire ? »

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